Rapports annuels 2016 et 2017 du BVG : Un manque à gagner de plus de 75 milliards

Les rapports annuels sur l’état de la gouvernance présentés par le Bureau du Vérificateur général (BVG) se suivent et se ressemblent. Ceux de 2016 et 2017 viennent encore témoigner de l’ampleur de la gestion calamiteuse des fonds sous nos cieux. En effet, les irrégularités financières relevées par les deux rapports sont estimées à plus de 75 milliards de francs CFA au titre de fraude et de mauvaise gestion.

La Loi n°2012-009 du 8 février 2012 abrogeant et remplaçant la loi n°03-030 du 25 août 2003 instituant le Vérificateur Général au Mali dispose en son article 18 que «Chaque année, le Vérificateur Général élabore un rapport qu’il adresse au Président de la République, au Premier ministre, au Parlement et à la Juridiction supérieure de contrôle des finances publiques. Ce rapport fait la synthèse des observations, analyses, critiques et suggestions formulées par le Vérificateur General pendant la période de référence. Le rapport annuel est rendu public et publié au Journal officiel ». Conformément à sa mission, Amadou Ousmane Touré vient de produire les deux derniers rapports annuels (2016 et 2017) de son mandat. Irrégularités, dépassement budgétaire, violations, écarts, dysfonctionnement, anomalies, abus… C’est ce qui ressort desdits rapports qui épinglent, entre autres, des DAF et DFM; des collectivités territoriales ; des organismes personnalisés; des sociétés à participation publique majoritaire; des établissements publics et les services régionaux.

Faits saillants du rapport annuel 2016

Il ressort du rapport annuel 2016 que les faits constatés ont conduit à des irrégularités financières d’un montant de 52,47 milliards de FCFA dont 4,59 milliards de FCFA au titre de la fraude et 47,87 milliards de FCFA au titre de la mauvaise gestion. Ledit rapport précise que ces irrégularités concernent la gestion: des charges communes ou crédits globaux par la Direction générale du budget ; des DAF et DFM ; des collectivités territoriales ; des organismes Personnalisés ; des sociétés à participation publique majoritaire. « A l’antipode des recommandations formulées dans les 12 précédents rapports annuels du Vérificateur Général, qui convergent tous vers une moralisation plus accrue de la gestion publique, les faits saillants de ce rapport annuel 2016 confirment, une fois de plus, que des gestionnaires de deniers publics constituent malheureusement une force importante d’opposition à l’émergence au Mali d’une culture redditionnelle », peut-on lire sur le document.

Quid de 2017 ?

Il ressort du rapport annuel 2017 que les vérifications financières font globalement état de graves faits de gestion issus de l’appréciation de la régularité et de la sincérité des transactions financières effectuées par les différentes entités vérifiées, ainsi que du respect des normes, textes législatifs et règlementaires. Ainsi, ce document met en exergue des irrégularités financières d’un montant total de 23,28 milliards de FCFA dont 6,96 milliards de FCFA au titre de la fraude et 16,32 milliards de FCFA au titre de la mauvaise gestion. En effet, le rapport 2017 précise que ces irrégularités sont essentiellement dues: Au niveau de la Direction des finances et du matériel de la Primature, des établissements publics, les services régionaux.

Bilan des 7 années de gestion et de contrôle

Faisant le bilan de son mandat, le Vérificateur général, Amadou Ousmane Touré souligne que l’approche conceptuelle de mauvaise gestion est un euphémisme qui constitue en réalité un camouflage intelligent et bien réfléchi de détournement des biens publics. Pour le magistrat, la lutte contre la corruption et la délinquance économique et financière est de longue haleine. Selon lui, elle doit être confirmée et s’inscrire quotidiennement dans les actions de tous les acteurs de la gouvernance. En effet, Amadou Ousmane Touré pense que les irrégularités relevées par les vérifications dans le cadre de cette mauvaise gestion des fonds publics sont un incontestable gâchis, surtout quand on sait que les structures vérifiées ne représentent qu’un faible pourcentage des services et organismes publics de l’Etat, au Mali, environ 10%. «De plus, cette approche conceptuelle de mauvaise gestion que nous employons est un euphémisme qui constitue en réalité un camouflage intelligent et bien réfléchi de détournement des biens publics. Et, chaque fois que l’occasion se présente, le BVG a constamment attiré l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité d’une coalition des acteurs de la gouvernance contre le fléau de la corruption qui continue malheureusement de gangrener notre pays et le place chaque jour à l’antipode de l’émergence et de l’essor économiques », déplore le magistrat. En outre, il ajoute que même si la victime est généralement l’Etat, il importe d’envisager un certain équilibre qui favorise l’adhésion d’une société de plus en plus « révoltée » contre certaines pratiques des décideurs. La bonne gouvernance est à ce prix. « En perspectives, cet équilibre passera par des choix politiques et la relecture du dispositif normatif, mais aussi une volonté d’action collective », a conclu Amadou Ousmane Touré, avant de passer la main au nouveau Vérificateur général, Samba Alhamdou Baby.

Ibrahim M.GUEYE

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