Ramata Diaouré, Présidente du Cedp : «On va mettre les choses au clair pour éviter que les gens aillent en justice»

Depuis le 3 mai 2018, un nouvel organe d’autorégulation de la presse a été mis en place. Il s’agit du Conseil d’éthique et de déontologique des pairs (Cedp), « le tribunal des pairs », qui remplace désormais l’Odep. Pour en savoir davantage sur les missions et composition de cette structure, nous avons approché la présidente du Cedp, Ramata Diaouré, journaliste-secrétaire de rédaction.

Le Prétoire : Pouvez-vous nous expliquer les raisons de la création du Conseil d’éthique et de déontologie des pairs (Cedp) ?

Ramata Diaouré: Le Cedp est créé pour une raison toute simple, car depuis que l’Observatoire de déontologie et l’éthique de la presse (Odep) est entré en léthargie, nous n’avons pas d’organe d’autorégulation au niveau des médias alors que la Haute autorité de la communication (HAC) est installée et fonctionne convenablement depuis déjà deux (2) ans. Donc, il était bon quand même que nous remédiions à cette carence-là parce que dans la régulation générale, il y a la régulation et l’autorégulation interne à la profession. Il fallait qu’on mette une instance, même si elle est légère, qui puisse jouer ce rôle-là.

Quelle est la composition de ce nouvel organe d’autorégulation ?

Cet organe compte un collège électif de sept membres. Donc, ce sont les sept membres qui délibèrent, qui votent et il y a un coordinateur qui est un petit peu le permanent, donc qui reçoit les requêtes, qui reçoit les journaux, qui organise les réunions, qui les convoque. Le coordinateur est Abdoul Majid Thiam. Au niveau du collège, nous avons M. Diomansi Bomboté, M. Baba Djourté, M. Mamadou Diarra, M. Sanibé Abel Koné, M. Ibrahim Labass Kéita et Mme Mame Diarra Diop.

Quels sont les critères   qui ont prévalu au choix des membres ?

Nous avons choisi des gens qui sont reconnus dans la profession et qui sont des anciens et des doyens   et nous avons aussi tenu à ce que tout le monde soit représenté : les télévisions, les radios, la presse en ligne, la presse écrite et le public comme le privé.

Certaines associations professionnelles des médias se plaignent de n’avoir pas été associés à la mise en place du Cedp, comment expliquez-vous cela ?

Les gens ont le droit de se plaindre comme ils veulent. Je n’ai pas de souci par rapport à cela. Ce qui m’importe c’est que depuis 2015, je me suis chargée personnellement de cette tâche. La Maison de la presse m’a chargée de contacter un certain nombre de personnes et de voir comment on peut rédiger les textes. Les textes que nous avons faits, qui sont à l’état de brouillon, ce sont des textes que nous allons déjà renégocier, rediscuter entre nous et que nous allons porter à la connaissance de tout le monde.

Donc, les personnes qui n’ont pas été informées en amont seront informées, nous allons rencontrer tout le monde et expliquer à tous, le rôle du Conseil éthique et de déontologie des pairs et discuter, présenter ce que nous voulons mettre comme statut et règlement intérieur, histoire de discuter avec tout un chacun. Donc, toutes les associations, de toute manière, si elles n’ont été contactées avant, on s’en excuse. Elles seront contactées et participeront à ce processus, après elles seront libres d’adhérer ou non.

Quelles sont les missions assignées au Cedp ?

Les missions seront la gestion de tous ces petits problèmes d’atteinte à la pratique journalistique. Cela peut être aussi bien au niveau des petites atteintes à l’éthique et à la déontologie en règle générale en termes de profession, des atteintes à la confraternité, des atteintes aux personnes en termes de proposition. Il y a des gens qui sont injustement accusés de quelque chose ou que vous parlez sans les avoir contactés pour demander leur point de vue. C’est quand même les règles de base en journalisme.

Donc, au lieu que les choses se passent toujours en allant à la justice et de trainer des journalistes à la police, je préfère vraiment avoir une instance qui permet de gérer les choses entre nous assez simplement   et qui permet de jouer un rôle de médiation entre les gens qui se plaignent et ceux qu’ils accusent de les avoir maltraités.

Quelle est la particularité du Cedp par rapport aux autres structures d’autorégulation, notamment l’Odep ?

Je ne peux pas dire qu’il y a une particularité. Nous avons un membre de l’Odep, Ibrahim Labass Kéita, qui est dans le Cedp. Je ne dirai pas qu’il y a une particularité.           Quand l’Odep a été créé, c’était avec une vision trop large des choses. C’est pourquoi nous avons préféré avoir une petite structure rattachée à la Maison de la presse qui soit légère et qui gère efficacement le travail.

L’Odep en son temps avait, pendant 3 ans, vraiment pu bien travailler et après. On n’a pas pu continuer à gérer bien ses missions et ses ambitions étaient peut être trop grandes et les moyens n’ont pas suivi. Nous, nous ne prétendons pas remplir toutes les missions de l’Odep. Si déjà les gens aussi bien au niveau du public et des médias sont informés de la présence de ces instances et que les gens lui font appels pour soumettre un peu leurs doléances et que nous arrivons à gérer cela. Nous serons bien heureux et nous serons de toute manière tenus de rendre compte, parce que chaque 3 mai nous allons présenter un rapport de ce que le Cedp aura fait dans l’année et bien sûr en toute justice sur le principe du contradictoire. Ce n’est pas parce que quelqu’un vient se plaindre d’un journal que nous allons accuser ce journal obligatoirement , les gens du journal seront appelés pour qu’ils donnent leur point de vue, qu’ils expliquent qu’on peut se tromper de bonne foi, ce n’est pas obligatoirement de la volonté de nuire mais c’est de la méconnaissance, il ne faut pas que nos confrères se fassent taper dessus à tout moment pour n’importe quelle raison et dire qu’il y a une instance qui est là, on va vraiment mettre les choses au clair pour éviter que les gens aillent en justice et que les gens sachent qu’ils ont aussi des droits alors si vous estimez que quelque chose ne va pas, il y a le droit ce n’est pas nécessaire d’aller chez un justicier, chez un avocat porter plainte. Ce n’est pas nécessaire au niveau de notre profession, on peut régler les choses et quand les choses nous concernent nous pouvons gérer les choses entre nous- mêmes.

Qu’est ce qu’on peut attendre de cette structure ?

J’espère qu’on va entendre   cette structure et cette structure va répondre à cela, que cette autorisation soit réellement faite. Là, nous sommes dans une phase d’installation, nous allons rencontrer tout le monde, sensibiliser tout le monde, présenter sous quelle forme nous souhaitons travailler, écouter le conseil des autres, écouter les recommandations des gens, écouter qu’est-ce qu’ils veulent donner comme amendement, nous installer convenablement. A partir de là, on peut commencer le travail. Je pense que d’ici le 3 mai prochain, nous aurons assez des résultats à soumettre à nos collègues.

Réalisée par Habibatou DRA, Stagiaire

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