Redécoupage administratif du territoire : Le gouvernement pèche-t-il par son manque de concertation?

Alors même qu’il attend d’être soumis aux débats à l’Assemblée nationale, le texte relatif au nouveau découpage administratif du territoire malien suscite déjà une levée de boucliers au sein de la population. Et pour cause.
Depuis quelques jours, l’avant-projet de loi relatif au redécoupage est l’objet de polémique. Le texte qui a fuité sur les réseaux sociaux alors qu’il est encore en étude prévoit notamment de porter le nombre des régions administratives de dix (10) à vingt (20). Ainsi, aux régions de Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti, Tombouctou, Gao, Kidal, Ménaka et Taoudénit, s’ajouteront donc Bougouni, Dioïla, Nioro, Koutiala, Gourma, Douentza, San, Bandiagara, Niala et Kita. Ces régions sont composées de cercles qui deviennent des « collectivités territoriales de cercle », et qui prendront le nom de leur chef-lieu. Quant à Bamako, la capitale, il est prévu qu’elle soit divisée en dix communes urbaines. Le district de Bamako ayant toujours joui d’un statut particulier.
Alors qu’elle prévoit dans l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale, cette ébauche de réforme fait d’ores et déjà grincer des dents.
D’aucuns parlent déjà de découpage sur mesure en ce sens qu’ils ne comprennent pas comment on peut attribuer 18 cercles à trois régions désertiques du nord du pays, alors qu’elles ne valent pas 5% de la population. Au même moment, au Sud par exemple, 3 régions réunies qui comptent 20% de la population du Mali n’ont que 14 cercles.
Plusieurs communautés, du nord notamment, disent rejeter le projet en l’état. C’est le cas d’IR Ganda, l’Association des communautés songhaï en mouvement, qui dénonce le caractère « discriminatoire » du contenu du texte qui, selon elle, ne prend pas en compte les réalités sociales et économiques des sociétés dont elle est soucieuse de la défense des intérêts. L’association demande ainsi une relecture du texte en vue de la prise en charge de l’ensemble des préoccupations des populations et invite les autorités à prendre en compte un nouveau découpage territorial plus «juste et équitable».
Pour sa part, l’association Songhaï Ganda Borey, qui fédère les associations et regroupements de communautés sédentaires et nomades de l’intérieur et de l’extérieur du Mali, accuse les initiateurs du projet de semer « la discorde, le désarroi et surtout les germes d’une implosion sociétale dont les conséquences seront préjudiciables pour une réconciliation sincère pour une paix sociale durable et pour le vivre ensemble ».
D’autres souhaitent que la réforme soit « participative, inclusive, juste et objective ». C’est le cas du Conseil supérieur des touaregs de la tribu des Imrad et le cadre de concertation de Kel Ansar qui considèrent le projet de loi de découpage territorial comme une source de conflit en raison du non-respect d’un principe fondamental: la consultation des populations sur toute forme d’organisation les concernant. En conséquence, le cadre considère le projet comme « attentatoire aux libertés fondamentales des populations concernées ».
Au sud du pays, on évoque plutôt un découpage « favorisant les populations nomades et défavorisant les sédentaires ». Pour le Collectif des régions non opérationnelles (Crnop), le projet de loi ignore les spécificités des localités concernées. « La proposition faite par l’équipe technique du ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation ne prend pas en compte, dans plusieurs localité, les réalités politiques, économiques, socioculturelles et sécuritaires. Elle est en déphasage avec l’esprit de la loi 2012-017 qui est de rapprocher l’administration aux administrés », indique le Crnop qui fait sa propre proposition. Laquelle proposition doit servir, selon ses responsables, de document de référence à l’équipe technique dans l’élaboration dudit projet de loi.
Au regard du vent de contestation qui souffle déjà sur le texte, des observateurs en viennent à la conclusion que le projet n’a certainement pas été largement partagé à la base. Le gouvernement ne pouvait donc s’attendre qu’à une telle réaction des populations, conséquence de son manque de concertation.
BS

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