Dr Boubou Cissé, ministre de l’Economie et des Finances, rassure : «Il y a des tensions de trésorerie, mais l’Etat n’est pas en faillite»

Au cours d’une conférence de presse qu’il a co-animée avec la cheffe d’une délégation du FMI en fin de mission au Mali, le patron de l’hôtel des Finances, Dr Boubou Cissé, a été amené à se prononcer sur la conjoncture économique difficile du pays. S’il reconnait que l’Etat fait face à des difficultés financières, le ministre affirme toutefois que le Mali est loin d’être en banqueroute, comme le prétendent certaines informations véhiculées dans la rue bamakoise et même dans la presse.
Ce samedi 3 novembre 2018, le ministre de l’Economie et des Finances, Dr Boubou Cissé, et Boriana Yontcheva, cheffe d’une délégation du FMI en mission au Mali, ont co-animé une conférence de presse sur les conclusions de la dixième revue du programme économique et financier du Mali, soutenu par le Fonds monétaire international (FMI) à travers sa Facilité élargie de crédit (FEC). Au cours de cette rencontre, le ministre Cissé a été amené à se prononcer sur la conjoncture économique difficile du Mali. Si la rareté de l’argent fait dire à certains que l’Etat est désormais en cessation de paiement, le patron de l’hôtel des Finances a battu cette allégation en brève. « Il faut laisser les gens parler. Pendant que les autres parlent, nous sommes dans l’action. L’Etat n’est pas en banqueroute », a laissé entendre Dr Boubou Cissé qui en veut pour preuve le fait que les salaires et les pensions sont payés régulièrement. Mieux, tous les mois, il y a des échéances de payement de dettes que l’Etat parvient à honorer. Or, dit-il, un Etat qui est en faillite ne peut aucunement faire face à ces prises en charge basiques. « Sur 2017, à part un marché, il n’y a pas d’arriéré de paiement à la Direction générale du trésor et de la comptabilité publique. Il y a certes des tensions de trésorerie. Cela a fait que nous avons pris un certain nombre de décisions. Ces décisions ne plaisent pas à tout le monde mais elles sont nécessaires », a expliqué le ministre de l’Economie et des Finances. Et le ministre Cissé de justifier la difficulté financière actuelle par le fait que l’Etat a dû prendre en charge des dépenses qui n’étaient prévues dans le budget d’Etat. C’est le cas par exemple de l’appui financier que l’Etat apporte à l’EDM-SA.
Le Mali renoue avec la croissance
De l’exposé de la cheffe de mission du FMI, Boriana Yontcheva, il ressort que les perspectives sont bonnes pour l’économie malienne, quand bien même des vulnérabilités restent présentes. «La croissance du PIB de 2018, soutenue par une production agricole solide, devrait rester robuste à environ 5%. L’inflation est projetée à environ 1.9%, en dessous du plafond régional», note la mission du FMI qui retient que la mise en œuvre du programme au cours du premier semestre 2018 a été globalement satisfaisant. Toutefois, la formule de fixation des prix pétroliers n’a pas été constamment mise en œuvre et la réforme relative au relèvement du seuil des investissements bénéficiant d’exonérations fiscales a été retardée, si l’on en croit la déclaration de la mission.
Boriana Yontcheva et son équipe soulignent par ailleurs que le budget préliminaire de 2019 respecte le critère de convergence de l’Uemoa limitant le déficit budgétaire à 3% du PIB. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement devra, selon la mission du FMI, déployer plus d’efforts de recouvrement des recettes dans un contexte de prix pétroliers toujours élevés et une situation sécuritaire difficile.
Pour le moyen terme, la mission conseille aux autorités maliennes de redoubler d’efforts afin de créer un espace pour les dépenses en infrastructures et sociales. Cela nécessitera, selon elle, une mise en œuvre inébranlable des réformes sur l’amélioration de l’administration fiscale, l’amélioration de l’efficacité de la taxation du secteur minier et des recettes sur les produits pétroliers. S’y ajoutent l’amélioration de la gestion des finances publiques, en particulier l’augmentation de l’efficacité des investissements publics et le renforcement de la gestion de la dette.
Il importe de rappeler que la mission du Fonds monétaire international, conduite par Boriana Yontcheva, a séjourné à Bamako du 24 octobre au 3 novembre. Elle a rencontré le Premier ministre, des membres du gouvernement, des chefs d’institutions financières, des hauts fonctionnaires, des syndicats, des acteurs de la société civile, ceux du secteur privé et des partenaires au développement. Ladite mission est parvenue à un accord préliminaire avec les autorités maliennes sur la conclusion de la dixième revue du programme économique et financier du Mali, soutenu par le FEC du FMI, sous réserve de l’approbation par la direction du conseil d’administration du FMI. Le dossier sera examiné par le conseil d’administration du FMI en décembre 2018.
Bakary SOGODOGO

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